Son nom est orthographié de différentes façons par les auteurs
musulmans: Kosayla, Qosayla, Kusila. On l'a rapproché du nom latin
Caecilianus, Cécilien, prononcé Kekilianus et entendu par les arabes
Kacilia. C'est une hypothèse vraisemblable quand on sait que Kusila
était chrétien, mais son nom peut aussi provenir du amazigh. Les
dialectes amazighs de l'Aurès, dont était issu Kusila, connaissent
encore une racine KSL dont dérive aksil, le nom du guépard. Un autre nom
amazigh du guépard, aghilas / ghilas, est bien employé comme nom propre
au mont Chenoua, à l'ouest d' Alger.
Kusila était le chef de la puissante tribu des Awraba qui occupait toute
une partie des Aurès. il avait d' abord combattu les Arabes, mais battu
à la bataille d' Al Alurit, aux sources de Tlemcen, il fit sa soumission
et se convertit à l'Islam (675). il réussit à gagner la confiance du
chef musulman Abû al Muhadjîr Dinâr et devint même l'un de ses proches
collaborateurs.
En 681, 'Uqba Ibn Nafi'ê, le fameux conquérant de l'Afrique du nord,
rappelé quelques années plus tôt en Orient, revint au Maghreb. Il se
vengea de son successeur Abû Dinâr et traita avec dureté Kusila qui
était pourtant musulman. Il le fit couvrir de chaînes et le traîna comme
un trophée vivant dans sa chevauchée à travers le Maghreb.
"Parmi les traits insultants qu'il se permit envers lui, on raconte le
suivant: il venait de recevoir des moutons et, voulant en faire égorger
un, il ordonna à Kusila de l'écorcher" " Que Dieu dirige l'émir vers le
bien! dit le chef amazigh. J'ai ici mes jeunes gens et mes serviteurs
qui pourront m'éviter cette peine. " 'Uqba y répondit par des paroles
offensantes et lui ordonna de sortir: Kusila se retira avec colère et
ayant égorgé le mouton, il essuya sa main encore sanglante sur sa barbe.
Quelques Arabes s'approchèrent alors et lui dirent: "Que fais-tu amazigh
?" A quoi répondit: "Cela est bon pour les poils" Mais vieillard d'entre
les Arabes passa et s'écria : " Ce n'est pas pour cela, c'est une menace
que ce amazigh vous fait !" Alors, Abû Muhadjîr Dinâr S'adressa à 'Uqba
et lui dit: "Que viens-tu de faire ! Voilà un homme des plus distingués
parmi son peuple, un homme qui était encore polythéiste il y a peu de
temps et tu prends à tâche de faire e la rancune dans son cœur ! Je te
conseille maintenant de lui faire lier les mains derrière le dos,
autrement tu seras victime de sa perfidie. " " (D'après al Nuwayrî.)

Kusila réussit, en effet, à s'enfuir et à rejoindre ses hommes. Il abjura l'Islam et, s'alliant aux byzantins, il reprit, à la tête d'une grande armée, guerre contre les Arabes.
Il surprit 'Uqba près de Tehuda, non loin de Biskra et, après une
terrible bataille, il le tua ainsi que la plupart de ses hommes (633).
Kusila marcha alors sur Kairouan, la place forte des arabes et l'enleva.
Il berbérisa son nom en Taqirwant et en fit sa capitale. Il se fit
couronner et régna pendant cinq ans, de 633 à 638. Son autorité fut
reconnue par tout le monde et, de l'avis même des auteurs musulmans, il
traita avec justice ses sujets amazighs et Arabes et laissa ces derniers
pratiquer librement leur religion. Cependant, Kusila ne réussit ni à
regrouper les amazighs ni à créer un État. En 638, le calife' Abd al
Malek envoya des renforts avec, pour mission de reprendre Kairouan.
Zuhayr Ibn Qays, ancien compagnon de 'Uqba, marcha sur Kusila. Celui-ci,
devant l'importance des forces ennemies, se replia, appelant à l' aide
les tribus de l'Aurès et les Byzantins, mais il ne reçut pas les
renforts attendus. A la fin, les Arabes, plus nombreux, remportèrent la
victoire. Kusila fut tué et les amazighs qui avaient échappé au massacre
furent dispersés. Ainsi prit fin la résistance de Kusila. Mais quelques
années après, les Aurès s'enflammèrent de nouveau, avec cette fois-ci,
une femme à la tête de la résistance: Kahina.

