Ame de la résistance amazigh à la conquête arabe
Kahina " prêtresse, devineresse" est le surnom par lequel les historiens arabes désignent cette reine berbère du 7-8 ème siècles de l'ère chrétienne. Selon les mêmes historiens, son véritable nom serait Dayhia fille de Matiya ben Tifan ou encore Damiya fille de Yunafiq. On trouve encore Dihiya et Dîyya.
On a beaucoup polémiqué sur la religion de Dihiya.
Certains auteurs pensent qu'elle est juive, à cause de sa tribu, les
Djerawa, qui, selon Ibn Khaldûn, était largement judaïsée au 7ème
siècle. D'autres pensent qu'elle était chrétien tirant en cela argument
de sa filiation (Matiy et Tifan sont des déformations de Mathieu et
Théophane) mais aussi du nom de Damiya qui était sans doute un diminutif
du nom latin
Damiana. En fait, en l'absence d'informations précises, on ne peut
trancher ni pour l'une ni pour l'autre de ces hypothèses et Dihiya
pouvait être juive, chrétienne et même païenne. D'ailleurs, un auteur
musulman, al Malikî, écrit que pendant sa retraite, Dihiya était
accompagnée d'une grande idole en bois, transportée sur un chameau. Il
pourrait s'agir d'une divinité berbère et non forcément, comme on l'a
écrit, d'une statue du Christ ou de la Vierge Marie.
Quoi qu'il en soit, Dihiya était une reine authentiquement berbère. Quand elle apparut sur la scène, elle devait être déjà âgée. Elle aurait régné près de trente cinq ans sur les Aurès et serait morte à 120 ou 127 ans. Cette longévité est peut-être exagérée mais elle n'est pas invraisemblable quand on sait la vigueur et la force des Berbères.
Selon AI Waqidî, c'est la mort de Kusila qui
détermina Dihiya à livrer la guerre aux Arabes. Mais elle avait déjà
participé, aux côtés du prince berbère, à la bataille de Tehuda au cours
de laquelle fut tué 'Uqba Ibn N'afi'ê (683).
Le calife 'Abd al Mâlîk chargea le gouverneur d'Egypte H'asân ben
Nu'mân, de réduire la révolte au Maghreb. Il se mit en marche en l'an 69
de l'Hégire (688-689) et, après avoir pris Carthage et chassé les
Byzantins, il prit la route des Aurès.
"H'asân, écrit Ibn Khadûn, demanda qui était le prince le plus redoutable parmi les Berbères, et ayant appris que c'était la Kahina, femme qui commandait à la puissante tribu des Djerawa, il marcha contre elle et prit position sur le rebord de la rivière Miskiana."
La rencontre eut lieu sur l'oued Nini, au nord de
Khenchla : les troupes berbères qui se trouvaient en aval se jetèrent
sur les Arabes qui étaient en amont et les taillèrent en pièces. En
souvenir de cette défaite, les Arabes surnommèrent l'oued Nini, Nahr al
bala', la rivière des malheurs. Et les preuves n'étaient pas finies pour
eux. Après les voir forcés à prendre la fuite, Dihiya les poursuivit et
les combattit de nouveau. Elle les obligea à quitter l'Ifriqya et à se
réfugier, sur l'ordre du calife 'Abd al Malîk, dans la province de
Tripoli.
Dihiya rentra chez elle et, dans un geste de générosité, elle prit sous
sa protection l'un de ses prisonniers arabes, Khâlid ben Yâzid. Elle lui
donna le sein et, simulant l'allaitement, elle fit de lui son fils
adoptif.

En 698, H'asân ben Nu'mân revint avec des renforts, il dispersa les troupes de Dihiya et s'empara de Carthage. Le général arabe sema la discorde parmi les Berbères, poussant une partie d'entre eux à abandonner la vieille reine. Celle-ci, loin de se décourager, continua la lutte avec les hommes qui lui restaient fidèles. Sentant la fin approcher et voulant sauvegarder 1'avenir, elle recommanda à ses fils de se convertir à l'Islam et de changer de camp. L'historien Ibn al Hakîm rapporte qu'elle s'adressa en ces termes à Khalîd ibn Yâzid :
"Je vais périr et je te recommande de t'occuper de ton mieux de tes deux frères que voici. Je crains, répondit Khâlid que si tu dis vrai, ils ne puissent échapper à la mort -Que non ! l'un d'eux même jouira, chez les Arabes d'un prestige plus grand qu'il n'en a aujourd'hui. Pars, assure- toi de la vie de mes fils!"
Elle ne savait pas qu'en ce moment là, Khâlid allait
la trahir. Alors qu'elle s'apprêtait à livrer de nouveau combat, il
avait averti H'asân de ses positions, en lui envoyant un message
dissimulé dans du pain.
Le combat eut lieu au pied des Aurès. Dihiya, sur le point d'être
battue, tenta de se réfugier dans une citadelle byzantine de la région
de Biskra mais son adversaire la talonna et la poussa plus avant. La
dernière bataille se serait déroulée à Tarfa, une localité à une
cinquantaine de kilomètres au nord de Tobna. Selon la tradition, Kahina
fut tuée devant un puits qui porte depuis son nom: Bîr al Kahîna, le
puits de la Kahina.
Sa tête fut tranchée et envoyée comme trophée de guerre au calife. Ses
deux fils qui étaient passés à l'Islam eurent la vie sauve et Ibn al
Nu'mân nomma l'un d'eux commandant de ses troupes, réalisant ainsi la
prophétie de sa mère. Les Arabes purent ainsi se concilier les Berbères
qui se convertirent en masse à l'Islam.
La Kahina fut accusée par les auteurs arabes d'avoir pratiqué la
politique de la terre brûlée : sur le point d'être vaincue, elle aurait
préféré brûler les villes, les villages et les récoltes plutôt que de
les abandonner à l'ennemi. En fait la Byzacène, théâtre des combats de
la Kahina et des Arabes, était depuis longtemps livrée au pillage aux
incursions des Arabes. En accusant l'héroïne berbère de ce forfait les
historiens arabes voulaient sans doute la discréditer et justifier
surnoms de "prêtresse" et "sorcière" qu'ils lui avaient donnés.

